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| Bello Ciao, G8, Gênes 2001 de F. Barilli & M. de Carli est publié chez Les Enfants Rouges. |
Points de vue.
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| Source : http://bellaciao.org/fr/spip.php?article129137 |
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| Source : piazzacarlogiuliani.org |
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| Source : http://www.lenovae.it/ |
Carlo Giuliani est décédé le 20 juillet 2001 à 17h27 place
Alimonda à Gênes. A ce jour, Carlo Giulani n’a pas été assassiné, le policier
qui a tiré sur lui était en état de légitime défense.
Ciao bello.
Ou plutôt « Bello Ciao ».
C’est ainsi que s’intitule ce récent roman graphique signé de l’écrivain
Francisco Barilli, mis en images par Manuel de Carli. Sous titré « G8,
Gênes 2001 », il opère une jolie pirouette linguistique en détournant le
titre du célèbre chant populaire italien « Bella ciao ».
Les auteurs affichent clairement leurs intentions. Il s’agit, par les témoignages recueillis auprès de ses proches, de nous faire connaître Carlo Giuliani. Convoquant les objets par lesquels il est devenu familier au plus grand nombre (la cagoule noire qu’il porte au moment de sa mort, l’extincteur qu’il brandit face à la voiture de police, ou encore un rouleau de scotch qu’il avait avec lui durant la manifestation), Carlo revient parmi nous. Ces objets porteurs de mémoire, éveillent les souvenirs et libèrent la parole de son père Giuliano, de sa mère Haida, de sa sœur Elena et de quelques uns de ses amis.
Les auteurs affichent clairement leurs intentions. Il s’agit, par les témoignages recueillis auprès de ses proches, de nous faire connaître Carlo Giuliani. Convoquant les objets par lesquels il est devenu familier au plus grand nombre (la cagoule noire qu’il porte au moment de sa mort, l’extincteur qu’il brandit face à la voiture de police, ou encore un rouleau de scotch qu’il avait avec lui durant la manifestation), Carlo revient parmi nous. Ces objets porteurs de mémoire, éveillent les souvenirs et libèrent la parole de son père Giuliano, de sa mère Haida, de sa sœur Elena et de quelques uns de ses amis.
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| Les objets de mémoire de "Bello ciao", ici la cagoule qui amorce le récit d'Elena sur son frère. |
Qui était Carlo Giuliani ? Un jeune italien assez ordinaire, issu
d’une famille plutôt politisée, militant davantage séduit par les structures
associatives ou alternatives que par les organisations politiques, en recherche
de causes à défendre, d’un rôle social aussi et poète à ses heures. Dans le
récit de vie proposé ici on n’en apprendra guère davantage, vraisemblablement
parce qu’il n’y a pas grand chose à dire de plus sur ce jeune homme assez banal
quoiqu’un peu différent sans doute : pas vraiment dans le
« moule » sans être totalement marginal. Carlo Giuliani n’est, en
effet, pas en rupture avec la
société et encore moins avec sa famille.
Pour tenir le volume, les auteurs vont donc ajouter aux souvenirs
de Carlo, le récit de ses 2 dernières
journées d’existence, celles du 19 et du 20 juillet 2001. Au cours de ces 48
heures Carlo investit deux manifestations autorisées et organisées par le forum
social de Gênes. La première se
déroule sans incident, il s’agit du défilé international des immigrés. La
seconde est celle à l’issue de laquelle Carlo est tué. C’est alors que le récit
graphique de Barilli et de Carli change totalement de dimension.
Gênes 2001 : la fabrique de la peur, la violence d'état et la justice de pacotille.
Gênes 2001 : la fabrique de la peur, la violence d'état et la justice de pacotille.
La préparation du sommet du G8 de Gênes incombe au gouvernement de
Giuliano Amato alors au pouvoir. Toutefois, lorsqu’il s’ouvre fin juillet,
Silvio Berlusconi l’a remplacé à ce poste depuis environ un mois. La capitale
de la Ligurie est transformée en
véritable camp retranché à partir du 1er juillet en proie à une paranoïa débridée
organisée par le pouvoir et ses relais médiatiques, susceptible de légitimer
ensuite tous les excès d’une politique sécuritaire ultra violente qui ne
constitue en aucun cas une riposte graduée et réfléchie à ce qui se déroule
dans les rues de la ville. C’est dans cette ahurissante atmosphère que nous
replonge « Bello Ciao ».
En effet, même s’ils prétendent vouloir se concentrer sur la
personnalité de Carlo Giuliani, il est impossible de ne pas procéder à une mise
en contexte de ce récit de vie et de rappeler ce qui se joue à Gênes. Nos
auteurs ne sont pas des journalistes embarqués auprès des 8 chefs d’état réunis
pour l’occasion. Ils nous racontent le G8 du côté des altermondialistes. Ils retracent
alors les épisodes éclairant la mort du jeune homme.
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| Plan de la ville avec la délimitation des 2 zones de sécurité. |
La première partie du journal TV du 19 juillet 2001 décrit assez précisément les dispositifs déployés.
Les reportages sur le sommet diffusent rapidement la même information :
il s’agit de protéger, de prévenir d’un drame pressenti.[2]
Les moyens déployés autorisent une surinterprétation de la menace réelle. Il
est vrai que depuis peu des groupes plus radicaux s’invitent dans les
manifestations altermondialistes, comme ceux qui se regroupent en Blacks Blocs.[3]
Mais est-il nécessaire pour maitriser quelques centaines d’activistes de
déployer un tel dispositif [4]
d’autant plus que les forces de l’ordre mobilisées ne se sont pas vraiment
attardées pour les coincer.
Dans « Bello
ciao », les auteurs se concentrent sur la manifestation du 20 juillet
que Carlo rejoint tardivement et sans être « équipé » contre les gaz
qui rendent l’air irrespirable (c’est en arrivant sur les lieux qu’il récupère
la cagoule). Le père de Carlo décrit le théâtre du drame : « A partir de 15h dans la rue
Tolemaide, un cortège autorisé sur un parcours autorisé a été chargé frontalement à plusieurs reprises. Une
rue qui plus est sans issue. » [5].
La police procède également à des attaques latérales. La tête de manifestation est,
elle barricadée derrière des containers. Les manœuvres latérales changent le
positionnement des deux groupes. Sur la place Alimonda, un des véhicules de
police assailli par plusieurs dizaines de manifestants est « bloqué »
par un container. A 4 mètres de lui se trouve Carlo Giuiliani qui brandit un
extincteur (on remarque que la prise de vue de la photo ne rend absolument pas
compte de cette distance conséquente). Deux coups de feu partent du véhicule,
l’un d’entre eux atteint C. Giuliani à la tête[6]
Arrivés à ce stade de notre lecture, on se croirait revenus en
pleine guerre d’indépendance algérienne. Le spectre de ce conflit ne nous
quittera plus.
Quels éléments de compréhension de ce qui s’est joué à Gênes
s’ajoutent au récit et composent les annexes qui le clôturent ?
Tout d’abord, on apprend que la famille de Carlo a porté l’affaire
en justice. Celle ci a statué une première fois en 2003 : le procès est
expédié, l’affaire archivée, le policier jugé en état de légitime défense n’est
pas inquiété. Mais plusieurs témoignages, expertises, et documents viennent
contredire ou disqualifier cette conclusion. Le témoignage du policier qui
aurait tiré sur Carlo (M.
Placanica) a connu de nombreuses variations, la possibilité que la
trajectoire de la balle ait été déviée par une pierre est prise en compte alors
que le médecin légiste et les expertises balistiques prouvent que l’hypothèse
est fantaisiste.
A cela s’ajoutent les évènements qui suivent le drame de la place
Alimonda. La descente des forces de l’ordre dans l’école Diaz qui sert de
dortoir le temps du sommet à de nombreux alter mondialistes qu’un policier
qualifie de « boucherie ». Le chef de la police de l’époque[7]
tenta pourtant d’imputer la responsabilité des violences aux alter mondialistes qui y
séjournaient. [8] Il y a aussi
les exactions et tortures commises sur les quelques 300 personnes interpellées
et retenues à la caserne Bolzaneto. Accueillis aux cris de « Viva el Duce », les manifestants ont été frappés,
menacés, insultés, humiliés. Le personnel médical présent sur place est aussi
incriminé.[9]
15 membres des forces de l’ordre sont condamnés, 30 autres acquittés.
En 2007, la cour européenne des droits de l’homme accepte de
traiter le recours déposé par la famille de Carlo Giuliani. Après un 1er
jugement en 2009, elle blanchit totalement Placanica et le gouvernement italien
de toute responsabilité en mars 2011.
C’est pour cela qu’il faut lire « Bello Ciao ». Une création qui éveille la conscience,
amorce la résistance, sans résignation.
[1] Une
description exhaustive du dispositif de sécurité déployé est disponible sur
cette page http://www.piazzacarlogiuliani.org/carlo/index_fr.php
[2] Le sommet de
l’OMC à Seattle avec ses nombreux affrontements entre altermondialistes et
forces de police a donné le ton des sommets mondiaux suivants.
[3] Voir le lien
suivant pour
mieux connaître le fonctionnement particulier de ces groupes :
http://berthoalain.com/2009/04/07/black-blocs-analyses-et-debats/
[4] 15
000 hommes des forces de l'ordre, police, carabiniers, agents de la répression
des fraudes, services secrets, tous équipés, pour l'occasion, d'un armement
exceptionnel: casque intégral, étui conçu pour l'extraction rapide du revolver,
matraque Tonfa, lacrymogènes au gaz CS, fourgons-pompes urticants, engins
blindés, chars d'assaut…
[5] « Bello
Ciao », p 69.
[6] Lire la
chronologie très précise de la journée sur le site suivant : http://www.piazzacarlogiuliani.org/carlo/iter/20lug_fr.php
[7] Gianni Di
Gennaro a été condamné dans cette affaire pour incitation à faux témoignages
par une cour d’appel dont la sentence (1 an et 4 mois de prison) sera cassée
pour blanchir le policier peu après. Il est aujourd’hui en charge des services
secrets.
[8] http://www.lemonde.fr/europe/article/2007/06/15/un-policier-raconte-la-boucherie-de-l-ecole-diaz-lors-du-g8-de-genes_923901_3214.html
[9] Se reporter
par exemple à cet article de Libération : http://www.liberation.fr/monde/010177131-l-ultraviolence-policiere-en-proces ou celui ce
l’Humanité : http://www.humanite.fr/node/435981
[10] Au sens le
plus vil du terme c’est à dire complètement contrôlés.







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